• Les fantômes du roi Léopold
Les fantômes du roi Léopold

Les fantômes du roi Léopold

Dans les années 1880, le roi Léopold II de Belgique s'empare à titre personnel de l'immense bassin du fleuve Congo, afin de faire main basse sur ses prodigieuses richesses. Réduite en esclavage, la population est soumise au travail forcé, subit tortures et mutilations, au point qu'on estime à 10 millions le nombre de victimes africaines du monarque et de ses serviteurs. Au début du XXe siècle, tandis que Léopold est célébré dans l'Europe entière comme un philanthrope et un humaniste, des voix s'élèvent contre ses atrocités. Edmund Dene Morel, et à sa suite une poignée de chefs rebelles, de voyageurs, de missionnaires et d'idéalistes, vont donner naissance au premier mouvement international de défense des droits de l'homme et l'emporter sur le souverain mégalomane. Ce récit de crimes oubliés, véritable dissection du système colonial, offre des clés indispensables à la compréhension d'une actualité tragique. Reporter et éditorialiste, Adam Hochschild enseigne le journalisme à l'université de Berkeley. Il a notamment publié dans The New Yorker, Harper's Magazine et The New York Review of Books. Ses essais consacrés à l'Afrique du Sud, à la mémoire stalinienne, à l'histoire de l'abolitionnisme britannique, ont été loués et récom­pensés à plusieurs reprises dans le monde anglo-saxon. Extrait du livre : LE MAGNIFIQUE GÂTEAU La bourgade de Borna s'étendait sur la rive nord du fleuve Congo, à environ soixante-quinze kilomètres de l'océan Atlantique. Outre ses habitants africains, seize Blancs y vivaient, pour la plupart portugais. Ces hommes rudes, endurants, habitués à manier le fouet et le fusil, tenaient quelques petits comptoirs commerciaux. De même que les Européens pendant plusieurs siècles avant eux, ces marchands n'avaient jamais tenté, pour s'aventurer loin de la côte, de franchir le redoutable enchevêtrement de rochers bordant le fleuve, tout au long des trois cent cinquante kilomètres parsemés de rapides tumultueux qui l'amenaient jusqu'au niveau de la mer. Le 5 août 1877, une heure après le coucher du soleil, quatre Noirs débraillés sortirent de la brousse à Borna. D'un village situé à environ deux jours de marche à l'intérieur des terres, ils apportaient une lettre adressée à «tout gentleman qui parle anglais à Embomma». Cher Monsieur, Je suis arrivé ici de Zanzibar avec cent quinze âmes, hommes, femmes et enfants. Nous sommes maintenant sur le point de mourir de faim [...] mais si votre ravi­taillement nous arrive en temps voulu, je serai en mesure d'atteindre Embomma en quatre jours [...] le mieux serait l'équivalent de dix ou quinze charges de riz ou de grain. [...] Ces provisions doivent nous parvenir d'ici deux jours, ou la mort fera parmi nous de cruels ravages. [...] Veuillez croire à mes sentiments dévoués, H. M. Stanley, commandant de l'expédition anglo-américaine d'exploration de l'Afrique. Le lendemain à l'aube, les marchands firent acheminer par des porteurs des pommes de terre, du poisson, du riz et des conserves destinés à Stanley. Ils avaient compris sur-le-champ la signification de la lettre : son auteur avait effectué la traversée entière du continent africain, d'est en ouest. Mais, contrairement à Verney Lovett Cameron, seul Européen à avoir accompli cet exploit avant lui, il était parvenu à l'embouchure du Congo. Par conséquent, il avait dû suivre le cours même du fleuve, et était devenu de la sorte le premier homme à en tracer la carte et à résoudre le mystère de sa source. Voir la suite

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