• Six suites pour une mort seul
Six suites pour une mort seul

Six suites pour une mort seul

Après Chabine Miroir, Henri Hazaël-Massieux change de registre et pénètre les tréfonds de la conscience. Le décor choisi est bien entendu la Caraïbe pour ces Six suites pour une mort seul Six récits dont les héros sont des mélomanes avertis. Dès qu'ils perçoivent les premières notes des Six Suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach ils sont pris d'une grande exaltation, et cette musique suscite en eux une réflexion profonde sur le sens de leur vie. De Saint-John Perse, le poète aux accents universels, au plus anonyme, chacun d'eux est confronté au passage de la vie à la mort. En écoutant les compositions du maître de Leipzig interprétées par Pablo Casais, ils goûtent le plaisir de l'existence en même temps qu'une profonde sensation de liberté. Les acteurs de ces six nouvelles savent bien que la vie n'est qu'un intermède entre la naissance et la mort et que, finalement, tout se confond pour un perpétuel recommencement. Ces six histoires éloignent le lecteur de son quotidien matériel et dérisoire pour prendre conscience de cette inéluctable dualité. Six expériences humaines, édifiantes leçons de vie et de mort, racontées avec des variations poétiques parfois violentes et toujours passionnées. Henri Hazaël-Massieux dont l'écriture forte instrumente les mots nous ouvre sans peur les portes du passage, comme une suite... Extrait du livre : Arborescence A la première montée de sève en lui, il n'avait pas été étonné. En fait, depuis bien longtemps il avait essayé d'adopter cette apparente immobilité qui caractérise le genre végétal. Le commun s'imagine toujours en effet que les plantes sont immobiles, sauf à constater la rapidité avec laquelle certaines fleurs carnivores capturent et dévorent leur proie. Certes les herbes et les roseaux ou les arbustes sont animés, chacun à sa manière, de mouvements, balancements, frémissements, vibrations. Mais l'oeil perçoit ceux-ci plutôt comme des variations dues aux courants d'air ou à l'influence d'autres éléments comme la pluie, que comme des pulsions sui generis de ces végétaux. L'Arbre, lui, indépendamment de ces petites variations, a cette étrange capacité de bouger réellement sans que la conscience de celui qui Le regarde en soit immédiatement alertée. Sa masse semble toujours identique à elle-même, tant son échelle du temps est différente de celle des humains. L'Arbre paraît à nos yeux disposer de l'éternité, et il n'est pas rare qu'on soit familier toute sa vie d'un arbre qu'on a toujours vu là, tel quel, du moins on se l'imagine, et qui s'ap­prête en réalité à se montrer sous un jour différent aux géné­rations suivantes qui Lui accorderont, elles, d'autres vertus et d'autres beautés que celles que nous Lui prêtons. Assuré d'une longue vie, l'Arbre prend son temps d'être. Il assume sa fonction végétale avec lenteur et componction, et chaque étape, chaque moment sont l'occasion de goûter avec délectation le bonheur de vivre, car c'est précisément cette lenteur apparente qui Lui confère la longévité dont il jouit. Voir la suite

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