• Correspondance et écrits de jeunesse 1889-1907
Correspondance et écrits de jeunesse 1889-1907

Correspondance et écrits de jeunesse 1889-1907

«Tu dis que j'aime la beauté plastique, la ligne, la musique belle par elle-même. C'est vrai. Et tu dis que toi, tu vois la musique à un autre point de vue. Tu la considères comme un langage, et tu te préoccupes de ce que tu veux dire par ce langage, et non de la musique elle-même. [...] Mais voici où je trouve que tu as tort : loin d'admirer et de soigner la belle forme de ce langage, tu la méprises complètement, ne t'occupant que du sentiment à exprimer.» (lettre de 1895 à Max d'Ollone) Henri Rabaud (1873-1949) fait partie de ces compositeurs français «modernes» qui vécurent malgré eux dans l'ombre de Debussy et Ravel et ont - pour cette raison - été injustement écartés par la postérité. La publication de ce choix de lettres de Rabaud à Daniel Halévy et au compositeur Max d'Ollone - la plupart écrites lors du séjour de Rabaud à la Villa Médicis, en tant que Grand Prix de Rome -nous dévoile pourtant les pensées passionnantes d'un jeune homme désireux d'apporter sa contribution à une réflexion sur la modernité «fin de siècle». Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, Michel Rabaud a enseigné la littérature française à l'Institut français de Londres (université de Lille III). Il a rejoint ensuite le ministère de la Culture où il est actuellement chargé de promouvoir une politique de maîtrise de la langue française. Après des études précoces de piano et d'écriture musicale, il a été lauréat du concours de jeunes chefs d'orchestre de Besançon en 1971. Il pour­suit, parallèlement à ses activités administratives, une carrière de pianiste répétiteur et d'accompagnateur. Extrait du livre : Je veux devenir très fort, fort comme Mozart Lettre de Rabaud à d'Ollone, 12 février 1896 Tout commence dans la Nouvelle Athènes, au coeur du IXe arrondissement de Paris, où se sont installés, au long du XIXe siècle, bon nombre d'écrivains, de musiciens, de peintres et d'amateurs d'art. Leurs sanctuaires sont à deux pas : théâtres des boulevards, Opéra, Conservatoire de musique et d'art dramatique, ateliers d'artistes et salons. Leurs enfants se retrouvent au lycée Condorcet, véritable pépinière d'intelligences et de talents. Parmi ceux que l'on y rencontre au début des années 1890, beaucoup ont l'intention de se faire un nom et y parviendront : Robert de Fiers, Robert Dreyfus, Fernand Gregh, Marcel Proust, Élie Halévy et son frère cadet Daniel. Entre ces jeunes gens, les débats sont vifs et portent, comme chez leurs parents, sur la littérature, la peinture, la musique, et bientôt sur la politique. Après le lycée, plusieurs d'entre eux se retrouvent au 22, rue de Douai. C'est le vaste immeuble que Ludovic Halévy a acquis grâce à ses droits d'auteur de librettiste pour les opérettes à succès d'Offenbach, et où loge sa famille, et notamment sa cousine, Geneviève Halévy, veuve de Georges Bizet, avant son remariage avec Emile Straus. Chez Ludovic fréquentent membres de l'Institut et artistes : Edgar Degas, l'un des plus assidus, vient en voisin. Les fins de semaine de la tribu se passent à Herblay, puis à Sucy-en Brie. L'été, les Nouveaux Athéniens se dispersent, mais presque tous se retrouvent en villégiature sur la côte normande, entre Dieppe et Étretat, les plus aventureux poussant jusqu'à Honfleur ou Cabourg, de l'autre côté de la baie de Seine. On s'y livre aux mêmes activités qu'à Paris, peinture, musique et discussions, et l'on s'y rend visite, souvent à pied. A Condorcet, les jeunes ne sont pas en reste. Ils fondent une revue, Le Banquet, qui aura quelques années d'existence, et où ils publient leurs premiers textes. Cette revue les lie de classe à classe, de la seconde à la rhétorique, voire au-delà, rassemblés sans distinction d'âge par le talent et l'ambition. Extrait de l'introduction de Michel Rabaud Voir la suite

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